Né en 1960 dans une famille modeste de Padoue (père chauffeur de camion et mère femme de ménage), Maurizio Cattelan a exercé toutes sortes de métiers – de jardinier à cuisinier, en passant par facteur ou infirmier à la morgue – avant de devenir l’un des artistes contemporains les plus renommés et les plus appréciés.

Aujourd’hui, il est connu dans le monde entier pour ses œuvres provocantes et subversives, comme le majeur sur la Piazza degli Affari à Milan (L.O.V.E.), le cheval accroché au mur (La Ballade de Trotsky) ou son Hitler (HIM), qui a atteint 17 millions de dollars lors d’une vente aux enchères.

Après s’être installé à Milan dans les années 1980, Cattelan expose pour la première fois en 1991 à la Galleria d’arte moderna de Bologne avec Stadium, un baby-foot de plus de six mètres de long. En plus de 30 ans de carrière artistique, Cattelan a réalisé de nombreuses expositions personnelles dans les plus importantes galeries et musées d’Italie et de l’étranger (Londres, New York, Paris, etc.) et a participé à des foires et des biennales dans le monde entier, y compris l’incontournable Biennale de Venise. En 2010, Maurizio Cattelan a créé avec le photographe Pierpaolo Ferrari Toilet Paper, un magazine pop, irrévérencieux et provocateur composé uniquement d’images. En 2017, il a joué dans le documentaire « Be Right Back ».

Cattelan vit, inséparable de son vélo, entre Milan et New York, ville où est exposée l’une de ses œuvres emblématiques : AMERICA, des toilettes en or 18 carats 100% fonctionnelles ! Présentées au Guggenheim (et utilisées par plus de 100 000 culs), volées lors d’une exposition en Grande-Bretagne, les toilettes les plus célèbres du monde ont même été offertes à Donald Trump (qui les a poliment refusées) pour meubler la Maison Blanche !

Décrit par certains critiques comme « l’un des plus grands artistes post-duchampiens de la scène actuelle », Cattelan atteint désormais avec ses œuvres des côtes exorbitantes. Le cas le plus récent et le plus discuté est celui de la « banane à 6 millions de dollars ». Intitulée Comedian, l’œuvre est une simple banane comestible collée au mur avec un ruban adhésif gris. Dévoilée à grand renfort médiatique en décembre 2019 lors de la foire d’art contemporain Art Basel Miami, l’œuvre a fait couler beaucoup d’encre en novembre 2024, lorsqu’elle a été vendue aux enchères par Sotheby’s New York pour la « modique » somme de 6 millions de dollars. L’heureux acquéreur ? Le milliardaire chinois Justin Sun qui, au lieu de l’exposer, a préféré la manger « pour en faire une expérience artistique unique ». Un geste provocateur et sarcastique qui, à l’instar de Cattelan, questionne le statut de l’œuvre d’art et la “défétichise”.

WAKAPEDIA’s  Maurizio Cattelan

Mystérieux ou timide? Ouvertement égoïste ou généreux? Intrépide en affaires ou avec les femmes? La personnalité aux multiples visages de Maurizio Cattelan intrigue autant que sa façon de faire de l’art, caractérisée par une forte critique de la société et de fantaisies érotiques poussées aux limites de la perversion. Maurizio est toujours énergique et tumultueux comme un enfant, toujours habillé de façon casual et jeune avec des t-shirts fait-maison et des pantalons skinny qui mettent en valeur ses longues jambes. Soulignons que l’appréciation d’un physique aussi pointue est une fixette japonaise: le peuple nippon adore les personnes qui ont des jambes longues et une petite tête. Mais l’élément qui reste le plus impressionnant c’est indubitablement son grand nez! Il viendrait tout de suite à un fétichiste l’envie de le toucher!

Dans l’ensemble Maurizio n’est pas un jeu, et avec son parler souvent vulgaire et ses allusions souvent sexuelles, on se l’imagine comme un sex-toy géant.

“J’ai écrit une thèse sur Cattelan après être aller à l’une de ses expositions à Londres et avoir vu le suicide de l’écureuil… le concept qu’un animal aussi innocent utilise une arme à feu m’a paru très cruel. J’aime Maurizio car il réussit à transmettre ses concepts avec un langage simple mais capable de faire réfléchir. » Francesco Bocchini (Ex étudiant en art contemporain à Milan).

« J’ai connu Maurizio dans un livre de Nicola Brio où il est à de nombreuses fois cité. Puis, en voyant ses oeuvres, j’ai été fasciné qu’elles soient acceptées par notre société et le monde de l’art. J’ai tout de suite compris que c’était du à la forte personnalité de l’artiste. » Yu Takagi (ex étudiante d’art contemporain à Tokyo).

“Maurizio est un vrai influenceur, rien à voir avec les bloggers-chasse d’eau! » Sara Waka (ex étudiante en Communication des Marchés de l’Art).

MAURIZIO CATTELAN, ECLAIRE NOUS AUTANT QUE TES TOILETTES EN OR!

Toutd’abord, vous devez savoir que Maurizio déteste les interviews, il s’échappe grâce à sa bicyclette d’amour à chaque fois que nous cherchons à lui poser des questions, mais cette fois nous l’avons capturé!

Wakapedia: Sache que maintenant on connait tous tes tours, évite de t’enfuir!

Maurizio: Eh mais… j’ai rendez-vous chez le dentiste!

Wakapedia: Non mais je sais que tu y es déjà allé hier, et ne me dit pas que tu dois aller te faire couper les cheveux chez Shinichi car tu y es allé il y a deux jours, maintenant tu nous raconte ton histoire!

Maurizio:  Mais pourquoi? Mon passé est ennuyeux! Pourquoi les gens veulent toujours connaitre les affaires des autres?

Wakapedia: Pourquoi les histoires des autres sont toujours plus intéressantes.

Maurizio:  Alors, j’ai des souvenirs très flous de quand j’étais petit, je peux seulement dire que l’enfance a été la pire période de ma vie… J’ai détruit toutes les photos de famille où j’étais présent, je n’ai pratiquement aucune image de moi de mes un an à mes 18 ans.

Peut-être que cela explique tous mes autoportraits: pour retrouver un équilibre par rapport à mon passé.

Wakapedia: Tu es donc l’habituel artiste contemporain qui a eu des traumatismes dans son passé?

Maurizio:  Pas particulièrement. Nous n’étions pas une famille riche, à l’époque la salle de bain n’était pas dans la maison et ma mère me lavait une fois par semaine avec la même eau qu’elle avait utilisée pour laver le linge. Mais je ne suis pas en train de vous dire que j’étais un pauvre et triste enfant, car j’avais tout ce qu’il fallait et je n’ai jamais manqué de rien. Ma famille était très praticante et n’avait aucun intérêt pour l’art ou la culture.

Wakapedia: Et en revanche ton rapport à l‘école?

Maurizio:  Je n’ai jamais aimé l’école. L’école ne m’a jamais plu, elle a même été un problème pour moi: à 12 ans j’ai été recalé et ce n’est pas allé en s’arrangeant, d’autant plus qu’après j’ai abandonné le lycée pour m’inscrire aux cours du soir que je suivais sans conviction. En y repensant, je me rends compte que le système scolaire ne m’a rien apporté si ce n’est m’apprendre à survivre. Ce n’est certainement pas l’école qui m’a donné envie de devenir artiste!

Wakapedia: C’est bizarre quand même! Une personne comme toi qui s’intéresse à tout et qui n’a jamais eu envie d’aller à l’université?

Maurizio:  Pour dire vrai non! J’ai fait une tentative en m’inscrivant en architecture à Venise… mais j’ai très vite compris que je ne voulais pas passer tout mon temps là-bas!

Wakapedia:  Que faisais-tu avant d’être artiste?

Maurizio:  J’ai un peu touché à tout, de l’infirmier à l’éboueur, de l’homme de ménage à la morgue!

Wakapedia:  Et comment t’es tu orienté vers le monde de l’art?

Maurizio:  Quand j’étais infirmier je suis passé par hasard devant une exposition de Pistoletto à Padoue et je suis entré. J’étais attiré par les miroirs mais en même temps un peu perturbé de me voir réfléchi sur ces oeuvres d’art!

Wakapedia:  Oooolà! Finalement tu nous as un peu raconté ton passé. Maintenant je vais te poser une question que tu détestes par dessus tout! Ahaahah! Tu nous parles de tes oeuvres?

Maurizio:  Je pense que le rôle de l’artiste est de poser des questions et non de fournir des réponses, du coup je laisse aux personnes qui s’intéressent à mes oeuvres le soin de se faire leur propre interprétation. Aaahaha!

Wakapedia:  Tu as de nouveau réussi à fuir cette question!!

En voici une autre: dans tes oeuvres, tu utilises beaucoup la provocation et l’ironie. En utilisant tes galéristes dans tes performances tu remets en question leur rôle. Comment devrait fonctionner le monde de l’art selon toi?

Maurizio:  Les meilleurs travaux sont ceux qui inversent les points de vue, ceux que tu vois et où tu te dis que ça ne sera plus comme avant. Le bon art c’est celui où tu n’as pas peur d’être perfide. Ce qui compose une oeuvre d’art est extrêmement simple: parler des choses familières comme si elle ne l’étaient pas. Cela permet à l’artiste de dessiner l’absurdité du monde qui nous entoure: nous exposons ce qui était jusqu’alors caché et ça perturbe, c’est la surprise qui est simplement mélangée à l’absurdité. Comme résultat on a l’humour… et en toute modestie, j’en suis l’expert!

Wakapedia:  Ah, tu sais quoi Maurizio? Depuis que tu es entré dans nos vies, nous ne savions pas si c’était quelque chose de positif ou négatif, mais en tout cas les choses ont changé et tu nous as fait découvrir une quatrième dimension. Donc cela signifie que tu es une oeuvre d’art réussie?

Maurizio:  ….

Wakapedia:  … Finalement nous avons réussi à faire cette satanée interview! Dis-moi, aujourd’hui il pleut à Milan, qu’est-ce que tu veux faire? On va au cinéma?

Maurizio:  J’ai déjà vu tous les films à l’affiche.

Wakapedia:  Alors qu’est-ce que tu veux faire?

Maurizio:  Et les filles! Allez, vous savez ce que j’aime!

(rires)

Description & Interview: Sara Waka

Edited by: Camille Brunet

Foto: Pierpaolo Ferrari

Zeno Zotti@Maurizio Cattelan’s Archive